19 août 2008

Castellucci Avignon 2008

Il a été souvent dit que Purgatorio est dans la trilogie de Dante le passage qui se rattache le plus au monde des castelluccivivants. Bien plus que cela, je crois que Castellucci en a fait un lieu où l'espace temps n'est plus celui du théâtre mais celui de la vie quotidienne et où le spectateur n'est plus spectateur mais témoin et parti prenante de la passivité,  pareil à cette mère soumise, ce qui explique la culpabilité ressentie tout au long de la pièce.
Le temps s'écoule lentement, les actions durent pendant des minutes réelles, les minutes réelles du quotidien, celles que l'on prend pour mettre la table, pour préparer un repas, traverser une pièce. De ce fait il n'y a plus de plateau et de public, nous attendons véritablement avec les personnages, l'arrivée du père de famille. Cela se passe sans aucun recul, Castellucci nous utilise.
Il y a peu de dialogue, tout est calme, trop calme, nous savons comme la mère et le fils que cela ne va pas durer. Et pourtant nous restons tous immobiles et attendons sans rien dire, sans vouloir penser au pire, ce qui se répète à chaque retour du papa chéri: le viol de l'enfant. Ce viol n'est jamais montré. Nous ne voyons rien d'autre que le salon. Le son seul nous arrive. Nous n'avons à faire qu'à notre imagination, ce qui est plus terrifiant encore. Au rez de chaussé la mère s'est retiré dans sa cuisine, impuissante tellement sous la tutelle de son époux qu'elle préfère succomber à sa faiblesse criminelle. Elle se trouve dans une zone intermédiaire tel le purgatoire, "être où ne pas être".....
Après le viol le spectateur est pris dans une horreur hallucinante: l'enfant, la victime, vient rassurer son père, se blottir contre lui, le calmer, lui dire: "ne t'inquiète pas, tout est finis maintenant". Est-ce cela le purgatoire de Castellucci ? Le lieu où le pardon nettoie tout, un peu comme la confession: si tu te repents, tu seras pardonné! Belle résonance dans cette ville des Papes !! Puis on assiste à un délire visuel allant du rêve au cauchemar, tout en hommage à David Lynch!!! Le fils se retrouve, des années plus tard, face à son père. Il a grandit autant en taille qu'en âge. Le père apparait tout petit et parfaitement inoffensif. Il est tombé de son piedestal même si les deux personnages sont abîmés pour toujours. Le fils s'allonge de tout son corps, en croix, sur cet homme, ils les crucifient tous les deux. Puis vision délirante du père prit de soubresauts, ne sachant plus tenir debout. Enfin l'encre dans le cercle, la tache indélébile, la roue qui tourne..... Un chef d'oeuvre scotchant !!!

Paradiso, vision onirique, intérieur d'une chapelle voûtée, pierres froides, de l'eau qui recouvre le sol et où l'on cast_parasouhaite déposer nos pieds, une fraicheur bienfaisante, le bruit du ruissellement, un piano dans la fond, un plaisir pour tous les sens et un ange aux ailles noires.....Trop apaisant pour être vrai, trop sublime pour durer (la visite ne dure que 3 mm) c'est jouissif. Cette porte est l'entrée d'un monde inexistant dû à nos hallucinations.
                                                                                                                                  Clara.

Posté par Lolipopart à 20:56 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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